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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 11:17

Comme promis, voici quelques conseils de lectures, envoyées par les brillants et incontournables membres de notre association en cette rentrée littéraire :

 

pays.jpgFlorence vous conseille Les Pays de Marie-Hélène Lafon (Buchet Chastel), pas parce qu'elle-même a des origines paysannes lozériennes, après tout on s'en moque, mais parce que "ce récit d'apprentissage est extrêmement subtil et touchant, ciselé et juste. De sa ferme natale paumée dans le Cantal, en passant par les années d'études de lettres classiques à Paris, puis à sa vie librement choisie dans la capitale où elle est restée, l'auteur nous propose un texte simple et complexe à la fois, débarrassé de tout m'as-tu vu inutile mais pourtant brillant. J'y vois aussi un hommage à ses origines paysannes, à son père notamment, elle en parle avec tendresse et se moque très très tendrement de lui, de ses habitudes, de ses ronchonnades, de sa façon d'être, lorsque par exemple elle nous rappelle qu'il ne peut vivre sans la télévision, qu'au moment des informations, en visite chez elle, il ressent "une sensation de vacuité qui confine à la crise de manque. Et puis, Marie-Hélène Lafon est une amoureuse des mots, elle aime l'étymologie et les mots rares, cela se sent dans ses textes. Mais attention, pas d'esbrouffe ni de fanfaronnades lexicales chez elle, lorsqu'elle fait sa savante, c'est toujours à bon escient, parce que seul ce mot et pas un autre désigne précisément la chose qu'elle nomme. Ainsi, si vous ne savez pas ce que signifie "calamistré", "en grand arroi" ou encore "extrace", jetez vous sur le dictionnaire, comme je l'ai fait d'ailleurs moi-même. Finalement, Marie-Hélène Lafon, est peut-être devenue écrivain pour cela, pour faire des mots ses complices, des compagnons qui aident à parler juste et à se sentir partie prenante de l'existence... Pour vivre dans et par le langage, une envie et un besoin ressentis dès son enfance : au début de son livre ne nous rappelle-t-elle pas que le nom de certains arbres n'était pas connu chez elle, alors qu'elle vivait pourtant en pleine nature, "parce que manquait l'occasion de nommer les choses, et pour qui, pourquoi, qui voudrait savoir".

 

la-vie.jpg

Elisabeth vous conseille La Vie de Régis de Sa Moreira (Au Diable Vauvert) : un homme sort de chez lui, croise un autre homme, qui se met à parler de sa mère qui consulte un psy, qui prend la parole pour évoquer sa maîtresse, qui intervient pour... etc, jusqu'à atteindre un nombre vertigineux de personnages, qui prennent tous la parole le temps de quelques lignes. "J'ai beaucoup aimé. La construction sous la forme de Marabout-boutdeficelle-selledecheval est vraiment excellente et son humour présent tout au long de l'ouvrage est très agréable. Et qu'est ce qu'il est beau !!!!!!!!!!!!"

  Si_tu_cherches.jpg

Laurence vous conseille Si tu cherches la pluie, elle vient d'en haut de Yahia Belaskri (Vents d'Ailleurs) : Déhia, une jeune universitaire promise à un brillant avenir se heurte, au sein même de son foyer, à la violence de l'histoire algérienne récente. Adel, cadre dans une entreprise tente d'échapper aux pressions avant de tenter sa chance plus loin. Prix Ouest-France Étonnants voyageurs 2011. "Un des livres les plus justes sur ce qui pousse ces gens à entreprendre le voyage perdu d'avance vers "là-bas".

 

DJIAN-Philippe-COUV-Oh-avec-bande.jpgFabrice vous conseille "Oh..." de Philippe Djian (Gallimard) : "Peut-on avoir subi un viol, s'en remettre, voire en faire un objet de fantasme ? Est-on obligée d'aimer son fils ? Peut-on atteindre l'orgasme avec un homme qu'on n'aime pas ? Autant de questions qui vaudront sûrement à Djian d'être brûlé au bucher des féministes les plus radicales, mais qui nous valent aussi un des romans les plus impertinents de la rentrée. Avec une candeur naïve, le livre s'attaque frontalement à quelques bons vieux tabous, et le fait avec un style rock'n roll tout à fait réussi. Le Djian 2012 est un bon cru, surprenant et discutable."

 

sermon.jpgFabrice vous conseille aussi Le Serment sur la Chute de Rome de Jérôme Ferrari (Actes Sud) : "Qu'est-ce qu'un monde ? Question philosophique que Ferrari attaque par l'anecdote : quelques personnages se croisent autour d'un café perdu dans un village corse. Dérisoires ou grandioses, les destins de ces petits hommes ordinaires sont autant d'univers fermés qui vont s'effondrer dans un chaos digne de l'Empire romain. Sensible, drôle et au final poignant, un très beau roman ambitieux et humain, placé sous le signe, excusez du peu, de Saint Augustin."

 escalier-jack.jpg

Fabrice vous conseille en sus L'Escalier de Jack de Jean Cagnard (Gaïa) : " De l'importance du corps dans la découverte de Jack Kerouac. Après avoir exercé des dizaines de petits métiers, de maçon à ramasseur de patates, le narrateur découvre soudain la lecture ; et c'est la même chose : qu'il construise un escalier ou lise, il s'y livre entièrement, physiquement.  L'écriture de Cagnard est unique, pensée au millimètre, rythmée en musicien, d'un humour absurde et amer qui n'enlève jamais la grande sensibilité  rêveuse du bonhomme. Un bonheur de lecture, à la fois désabusé et lumineux, qui vous laisse quelques centimètres au-dessus du sol."

 

cortege.jpgFabrice vous conseille derechef Pour seul Cortège de Laurent Gaudé (Actes Sud) : "Gaudé délaisse pour un temps ses tentations contemporaines pour revenir à ses amours de toujours : l'Histoire, et si possible la Grande Histoire. Il retrouve ici le souffle du Roi Tsongor, puisque le voici sur les traces d'Alexandre le Grand, durant les jours qui suivent la mort de celui-ci. Guerre de succession dantesque, combats épiques, personnages bigger than life : le lyrisme de Gaudé trouve toute sa place dans cette histoire grandiose et romanesque à souhait. Ce roman est un peplum à domicile, avec son lot de trahisons, de passions, de têtes qui volent et d'éléphants en furie. Comme en plus c'est écrit de façon magistrale, on ne voit pas ce qu'il vous faut de plus."

 

78215863_o.jpgEt surtout, Fabrice vous conseille La Théorie de l'Information de Aurélien Bellanger (Gallimard) : "Un pavé d'une rare ambition pour ce premier roman qui se met en tête, tout simplement de traverser toute l'histoire de l'informatique, depuis les premiers balbutiements des ordinateurs jusqu'à l'ère 2.0 (et au-delà). Le roman, total, à la fois balzacien et asimovien, traite à style égal les données factuelles et les agissements de son héros. Du coup, c'est l'histoire du monde moderne qu'on voit se dérouler sous nos yeux, en la personne d'un seul être, sorte de symbole total d'une humanité en déréliction, capitaliste et émotive, dictatoriale et enfantine, en manque désespéré d'amour surtout. Bellanger est un grand, et pas seulement parce qu'il a su se documenter à mort et se passionner pour un sujet ardu ; il l'est surtout parce qu'en parlant de puces électroniques et de fibres optiques, il parvient à toucher à l'intimité totale d'un être nu et apeuré."

 

A suivre...

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Published by Aux livres citoyens - dans Chroniques livres
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commentaires

florence 15/09/2012 11:44


Alors il paraît que c'est chose (presque) faite et que MH Lafon viendra à Pézenas? Super!


Bon sinon attention Elisabeth à ne pas trop te laisser influencer par le physique des écrivains hein? (c'est une admiratrice de Nicolas Fargues....qui cause)

florence 30/08/2012 16:02


Merci Elisabeth pour ton message! J'adore ce que fait MH Lafon, j'ai eu le livre en exclu chez le libraire de st Chély qui m'a parlé de toi! Il parait qu'elle est très sympa, on pourrait la faire
venir à Pézenas?


Et je te donne l'adresse de mon blog (pub!!) où je mets des chroniques de certaines de mes lectures : http://lisaulit.canalblog.com/

bouisset elisabeth 30/08/2012 00:11


Florence, je te rejoins tout à fait dans ton approche du livre de Marie Helene Lafon, elle a aussi publié un petit texte: "Gordana" illustré par Nihâl Marth aux éditions du Chemin de Fer. Ce
n'est plus le cadre habituel auquel elle nous a habitué mais elle fait une incursion dans un supermarché parisien. Mais là encore on retrouve son écriture puissante et tendue.