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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 17:06

Un livre lu et aimé par deux de nos plus beaux membres, qui le commentent ici, chacun sur leur blog : PAYS PERDU de Pierre Jourde (2003 - Esprit des Péninsules, repris récemment chez Balland, et chez Pocket pour la version poche)

 

9782353152339FS.gifFlorence, dans Je lis au Lit :
Avec
 Pays perdu, Pierre Jourde s'attaque à un exercice fort périlleux...  Le temps de l'enterrement de Lucie, la fille de son ami François, le narrateur revient avec son frère dans le village du Cantal d'où est originaire son père, et où il possède une ferme familiale. C'est l'occasion de revenir sur ses origines, sur le secret de la naissance de son père, de rendre compte de la beauté sublime de ce coin paumé du massif central, de s'approcher par l'écriture de l'âme de ses habitants, de faire sentir leur particularisme, sans cacher leurs tares et la crasse... l'enjeu étant de ne pas tomber dans le pittoresque et dans cette affreuse littérature de terroir ethno-folcklorico-locale. Je ne dis pas que l'auteur y réussit tout à fait... Parfois le portrait de ces paysans m'a gênée, j'y ai lu une touche de condescendance, j'y ai trouvé un poil d'application trop appuyée, un maniérisme, une préciosité dans l'écriture qui me repoussent, un petit sourire en coin qui m'embarrasse... A vouloir éviter le pittoresque, on y tombe quelquefois... Les gens sont un peu trop "croqués", à force de vouloir les magnifier, l'écriture parfois trop appliquée et alambiquée finit par les plomber...  Joseph le vieux célibataire, la tante Louise, tout ça est parfois un peu trop, un peu lourd, dans la manière et le style.

Toutefois le livre est beau, indéniablement, malgré tous ces effets un peu trop visibles. Car on sent que l'auteur connait bien ces gens-là. A force de les côtoyer, de leur parler, de revenir régulièrement dans ce hameau où il a une maison de famille, il se considère comme un des leur. Il n'a jamais perdu le contact, il aime profondément ces auvergnats, farouchement. Bref il sait de quoi il parle, et ce livre se lit au final comme un superbe hommage à ces hommes et à ce pays. Et du coup son écriture ne trébuche jamais longuement, à peine dérape-t-il, patine-t-il qu'il se rattrape dans des pages magnifiques. Il s'agit ici de ce que les géographes appelle la moyenne montagne, celle où s'accrochent les derniers paysans, ceux que Raymond Depardon filme dans son documentaire, devant lequel je pleure immanquablement. Pays perdu me rappelle violemment, comme les films de Depardon, que je porte en moi la mémoire paysanne de ces gens, de leur vie, de leur travail, mémoire qui surgit, irrépressible, bouleversante, lorsque surgit à l'écran ou sur la page le visage de celui qui aurait pu être mon grand-père.... Alors de quelle peuplade reculée, de quels autochtones rebelles Pierre Jourde nous parle-t-il dans Pays perdu? Pas plus, pas moins, de vous et de moi.

Et puis, indissociable des hommes qui l'habitent, il est question avant tout d 'un lieu dans ce livre. D'un lieu unique mais aussi universel, superbe, et pourtant rude, inhospitalier. Un lieu qui a quelque chose de mystique dans sa solitude ombrageuse et auquel Jourde associe toujours une vision métaphysique. Les pages décrivant le paysage, la nature, sont celles que je préfère, et de loin, dans ce livre. Le premier chapitre ainsi est magistral, bouleversant, pour montrer combien cet endroit est le lieu de l'extase et de la désorientation... un pays perdu, c'est  à dire un lieu qu'il faut trouver, à la fois paumé bien sûr, loin de tout, au bout de la route, mais aussi un lieu qu'il faut retrouver pour être soi, le lieu de la mémoire originelle, mais qui paradoxalement échappe toujours, se dérobe.

Pierre Jourde montre ici que la beauté peut se conjuguer avec la noirceur, que le sublime côtoie le dénuement. Et surtout que ce pays perdu, c'est avant tout le pays où il peut se perdre et s'oublier, un quelque part où l'on se sent nulle part.

 

9782266143783-0-237365.jpgFabrice, dans Shangols :

Si vos pas vous ont parfois perdu au fin fond d'un village de Lozère, de Creuse ou du Cantal, vous ne pourrez être que renversé par la justesse de ce qu'en rapporte Pierre Jourde dans ce livre à la fois cruel et élégiaque, authentique et rude ; à l'image de la campagne qu'il a choisie de décrire, quoi. Dès les premières pages, nous voilà embarqué au bout du bout d'une route auvergnate, là où se trouve une poignée de maisons abandonnée à elle-même. Le gars s'y rend pour régler les formalités d'un héritage, mais son arrivée coïncide avec la mort d'une jeune fille du village. L'enterrement va être l'occasion pour Jourde de dresser un portrait de ces habitants qu'il a toujours connus, et de se livrer à une sorte de longue apologie de la vie campagnarde, dans tout ce qu'elle a de terrible (cette horreur en faisant justement la beauté).

La campagne, c'est dur, c'est crade, c'est violent, c'est âpre. C'est pourquoi les mots choisis par Jourde le sont aussi. Son livre est un véritable poème consacré à la merde, à la crasse, aux atavismes, déviances et autres tares de ces êtres du fin fond du monde, et ça rape pas mal. Qu'il décrive une de ces mille anecdotes affreuses qui jalonnent la vie paysanne (le gars qui s'arrache le haut du crâne dans un accident, rabat juste la peau sur son front et s'en retourne bosser), qu'il s'attarde sur quelques-unes de ces légendes à base d'adultère ou d'alcoolisme qui font le terreau de ces villages, ou qu'il se laisse aller à ces très belles pages purement contemplatives sur les paysages, il est toujours d'une terrible justesse, écrivant au ras de la terre mais dans une langue jamais "basse", jamais condescendante. Jourde estime que ce pays perdu, aussi sale soit-il, et peut-être même justement à cause de sa saleté, a droit aux mots les plus nobles ; du coup, l'écriture, d'une richesse de vocabulaire fabuleuse, d'un rythme symphonique, est magnifique, très savante, très préoccupée de frapper juste et beau. Elle n'est jamais meilleure que quand elle décrit justement les déviances de ces habitants, physiques (le plaisir de voir son prénom prononcé par la mongolienne qui ne dit jamais rien pourtant) et mentales (les opinions enfoncées dans ces caboches, qui se transmettent de génération en génération). Si la langue peut parfois perdre à force d'érudition, elle retombe toujours sur ses pieds (une langue a des pieds ? passons), et finit par toucher au coeur des choses.

Surtout, derrière tout ce dispositif élégiaque, il y a un motif secret, qui n'apparaît que peu à peu, et même jamais complètement : les origines du père de Jourde sont troubles, et c'est cela seul, finalement, que l'auteur veut attrapper : son identité, les mystères de son appartenance à cette communauté paysanne extrême, sa fierté d'en être, d'avoir des racines ici, dans ce pays de merde et d'alcool. Parler des autres, des paysages, d'un territoire entier, pour parler d'une blessure intime : c'est le secret bouleversant de ce livre, un des plus beaux que j'aie pu lire sur la campagne profonde.

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 17:51

90279937_o.gifAssez difficile de parler de ce bouquin, dont je n'ai pas vraiment compris les tenants et les aboutissants (et encore moins le titre, d'ailleurs), mais qui m'a paru pourtant agréable et fluide. Il y a sûrement derrière ce conte étrange une foule de symboles ou de messages à capter, mais pour ma part je me suis contenté du premier degré. Un immigré débarque dans un pays hispanophone accompagné d'un bambin qu'il a décidé de prendre sous son aile ; ensemble ils partent à la recherche (perdue d'avance) de la mère du petit. Le bouquin raconte en fait le lent apprentissage des choses, la transmission du savoir de l'adulte au petit, la patiente pédagogie mise en place, à travers une foule de saynettes édifiantes. Ce qui frappe d'abord, c'est le monde presque enchanteur que Coetzee décrit : malgré le contexte sombre (l'immigration clandestine, le déracinement, la perte des proches, la débrouille des sans-papiers), le roman tire tout vers la douceur, la bienveillance, la bonté humaine. Même s'il y a des difficultés, des obstacles, des dangers, des méchants, la trame est calme, apaisée, pleine de lumière et de confiance. Le duo formé par Simon l'adulte et David le môme est une sorte de duo parfait, attentif, aimant. Plein d'un humanisme entièrement assumé, Coetzee réussit particulièrement les scènes de leurs dialogues, où l'apprentissage se fait à coups de pensées pesées, de questions pressantes, de mots choisis.


Dommage que l'ensemble soit un peu opaque quant aux finalités : une fois le bouquin refermé, on se dit qu'on n'a pas beaucoup avancé, et qu'il y aurait eu 200 pages de plus ou de moins, on en serait un peu au même point. Qu'est-ce que Coetzee a eu l'intention de faire en livrant ce conte optimiste (on pense à Voltaire, oui), sans drame particulier, sans éveènements saillants, qui se déroule dans la douceur ? Je n'en sais rien. Mais le fait est que ce livre vous attrape gentiment par son charme mystérieux, ses rythmes parfaits (très belle traduction) et sa confiance en l'humain. Joli, joli.

 

(Fabrice - publié sur Shangols)

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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 17:12

Kinderzimmer.jpgAvec Kinderzimmer Valentine Goby réussit un récit magistral. Elle s'empare d'un sujet dont je n'avais jamais entendu parler, la maternité à Ravensbrück, la "chambre des enfants" : Kinderzimmer. Au coeur de l'enfer, voici un lieu dévolu à la vie, où l'on permet aux nouveaux-nés d'exister et aux mères de venir les nourrir... du moins si les uns et les autres sont assez forts pour survivre ... J'ai été sidéré d'apprendre que les nazis avaient organisé au sein de Ravensbrück ce genre de lieu... Ultime sursaut pour se donner bonne conscience, tentative inconsciente d'échapper à la culpabilité, envie incompréhensible de donner une chance à la vie malgré tout...ou au contraire sommet de la cruauté et du sadisme ? Car ce lieu frôle aussi l'absurde : à l'âge de trois mois, les bébés ne peuvent plus être allaités et sont donc quasiment condamnés à mourir...
Valentine Goby suit Mila, jeune déportée politique, enceinte, du printemps 1944 au printemps 1945. Une année insoutenable où le quotidien des déportées est décrit par le menu, et où elle donne naissance à James. La présence de ce bébé devient une raison d'être et de survivre non seulement pour sa mère, mais aussi pour les compagnes de Mila, qui trouvent là un sujet d'espérer, une manière de croire en la vie : "la vie devient une affaire collective". 

L'écriture sobre et précise de ce récit permet de visualiser et de concrétiser dans toute sa force effroyable la vie dans un camp  comme Ravensbrück (camp dit "de travail"). Mais le livre s'avère vraiment réussi parce qu'il adopte un véritable point de vue, un angle d'attaque. Valentine Goby parvient à nous mettre à la place de celle qui découvre pour la première fois un camp de concentration, ses règles absurdes mais incontournables. Elle restitue cette ignorance primordiale et montre comment peu à peu on s'adapte, on survit, on intègre les règles du camp qui deviennent le seul horizon. Ainsi lorsque le terrible hiver arrive, que le froid s'installe, Mila se demande ce qu'est l'hiver au camp : "Est-ce qu'on chauffe les blocks? Est-ce qu'on reçoit des couvertures ?... Est-ce qu'on travaille dehors moins longtemps?"... autant de questions pour transmettre l’état d’esprit de celle qui découvre le camp.

Lisez ce livre, lisez-le absolument. Valentine Goby a écrit là un livre inoubliable, modeste et puissant à la fois. 

(Florence - publié dans Je lis au lit)

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 17:48

80665625_o.jpgFlorence et Fabrice s'associent pour vous suggérer d'une même voix le formidable roman de Jean Echenoz, 14 (éditions de Minuit)


Voilà ce qu'en dit sans ambage Florence :
"Cinq hommes, issus d'une petite ville de Vendée, partent à la guerre. Chacun aura un destin différent, amputé, gazé, blessé, tué ou fusillé. Le tout en 125 pages très denses. 14 est une charge brillamment menée contre la bêtise des hommes et l'imbécillité de la guerre. Mais Echenoz prouve qu’il n'est pas besoin de se noyer dans de grandes épopées pour aborder le sujet, on peut regarder tout cela par le bout de la lorgnette. L'accessoire devient alors l'essentiel, tout est dans le détail, le mot choisi ou la construction de la phrase, le subtil dosage entre la distance et la révolte. La manière légère d'Echenoz m'a beaucoup plu pour parler de l’horreur, surtout quand il s'agit de surprendre son lecteur, et de s'immiscer dans le texte à coups de clins d'oeil malicieux pour faire sourire ou grincer des dents."


Voilà ce que Fabrice enchérit, sans fard :
"Une vraie réussite, oui, d'autant qu'il y avait de quoi se casser les dents : en quelques 120 pages, le livre aborde un peu tous les thèmes concernant la Grande Guerre, mobilisation, enthousiasme des premiers jours, lendemains qui déchantent, horreur des tranchées, hôpitaux, quotidien des combats, retour au pays plus ou moins amoché, reconstruction ou échec d'icelle... Tout ça ramassé en quelques phrases fulgurantes, directes et pourtant très souvent d'une troublante poésie.  L'intrigue est passionnante, mais ce qui marque le plus, c'est le style, sans aucun doute. Le gars utilise un style qu'on ne peut qualifier que de léger pour décrire les horreurs les plus terribles : le rythme des phrases, rapide et superbement balancé, le choix des mots directs, l'espèce de poésie qui réside dans les détails (le prodigieux chapitre d'ouverture où, pour décrire le moment de la mobilisation, il place son personnage en haut d'une colline dominant toute la vallée : il aperçoit d'abord le sommet des églises qui change de couleur, puis entend les cloches), l'aspect presque onirique qu'il atteint parfois (l'errance du type dans les bois jusqu'à ce qu'on le choppe comme déserteur), tout ça constitue un texte aérien, presque léger, qui prend à contre-pied toute la littérature existante sur le sujet. Sur le fil, le livre ne vire pas pour autant à l'exercice de style : les personnages sont épais, attachants, l'intrigue est passionnante même si on en connaît par coeur les motifs, l'alternance entre le calme (la femme restée en arrière) et la tempête (les batailles, décrites "nettement" mais avec une sorte d'humour, de ton "livre d'aventures" qui épatent) parfaitement gérée. Bref : c'est assez génial, clamons-le."

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 15:05

Nouvelle série de conseils de lecture du moment, ne dites pas que ça ne vous a pas manqué !
Les autres conseils, sont , ici, et là-bas.

 

lame-de-fond-2300642-250-400.jpg

Florence vous conseille Lame de fond de Linda Lé (Bourgois) : "Un homme nous parle d'outre tombe, sa femme l'a fauché en voiture. Trois voix lui succèdent ensuite, les voix intérieures de celles qui gravitaient autour de lui et qui l'ont aimé : Lou, son épouse, Laure, sa fille de 17 ans, et Ulma, sa demi-soeur et ... maîtresse. Il ne se passe rien de plus dans ce roman choral, si ce n'est l'alternance de ces monologues, la lente immersion dans les psychés respectives de quatre personnages tentant de saisir les contours, voire la vérité de leur vie ou qui s'interrogent sur leur relation avec celui qu'elles viennent d'enterrer. Linda Lé en profite pour brasser des thèmes qui lui sont chers, le déracinement ou encore l'absence de la mère. Elle se lance aussi dans un registre qui ne lui est pas habituel, celui d'une certaine légèreté, car la drôlerie fait bon ménage avec la gravité dans ce roman. Les phrases envoient, elles font mouche, tout un bric à brac stylistique se met en place avec brio et l'auteur, déracinée elle aussi, ayant quitté le Vietnam à 14 ans, prouve encore une fois que son véritable pays c'est bien le langage."

 

petite-table-sois-mise-.jpgFabrice vous conseille Petite Table, sois mise ! d'Anne Serre (Verdier) : "Anne Serre fait moins de bruit dans les médias que ses contemporains, et pourtant, il est là, le livre de la rentrée ! C'est joyeusement que Serre aborde le thème de l'inceste, livrant un roman (autobiographique ?) proche d'un conte de fées enchanté. Un texte fulgurant, qui prend le risque de l'humour et de la légèreté pour mieux nous laisser sidérés. Génial !"

 

texas-cowboys-couv.jpgFabrice toujours vous conseille Texas Cowboys de Matthieu Bonhomme & Lewis Trondheim (Dupuis) : "Toute l'histoire du western en une seule BD : des tricheurs de poker, des femmes fatales meurtrières, des ranchers patibulaires, des chercheurs d'or, des règlements de comptes à l'aube, des saloons crasseux, etc etc. pour un album d'hommage spectaculaire. Trondheim au scénario montre une virtuosité totale dans la construction (au moins 6 ou 7 trames qui s'entremèlent en flashs-back) ; Bonhomme au dessin est en pleine vénération de Sergio Leone. Du divertissement de très grande classe."

 

VivianeFabrice, tiens donc, vous conseille Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck (Minuit) : "ce premier roman nous raconte façon Chantal Akerman quelques jours de la vie d'une femme d'aujourd'hui, dépressive latente victime d'une rupture douloureuse, et qui va exprimer son malheur par un acte définitif : assassiner son psy. Deck raconte sec, simple, évite la psychologie, relate les gestes sans chercher à expliquer, et le texte est une froide observation des faits et gestes de ce personnage profondément humain. Il se dégage de ce style une force étonnante, cohérente, très joliment rythmée. Comme en plus il y a un vrai humour là-dedans, humour absurde, glacial, mais humour quand même, on est tout content d'avoir traversé la route de Viviane Elisabeth Fauville, femme désemparée contemporaine, dépressive ordinaire, une de ces innombrables personnes qu'on croise chaque jour et à qui il suffirait sûrement de mettre un couteau entre les mains pour qu'elle devienne sujet de roman."

 

snuff.jpgFabrice, pour finir, vous conseille Snuff de Chuck Palahniuk (Sonatine) : "Oui, je vous le conseille, mais avec mille précautions : ce n'est pas pour tout le monde... Il faut certes avoir le coeur bien accroché pour lire ce roman de l'auteur de Fight Club, mais si vous y plongez sans scrupule, vous découvrirez une écriture radicale et musicale, vous apprendrez des tas de secrets sur les stars d'Hollywood, et vous découvrirez les coulisses pathétiques du tournage d'un film porno... Pour vous situer la chose : c'est l'histoire d'une star du porno qui décide de faire un dernier film avant de prendre sa retraite (ou de mourir ?)... avec 600 hommes à la suite ! Vous êtes prévenus. Violent et salvateur, du rock'n roll, du vrai, du qui tâche la nappe, de la dynamite !"

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 15:52

Encore quelques conseils de rentrée glanés par notre petite équipe de lecteurs avertis
(les deux premiers volets sont et ici) :

 

tigre.jpgFlorence vous conseille Tigre, tigre de Margaux Fregoso (Flammarion)  traduit par Marie Darieussecq, ce qui n'est pas négligeable : "Peter est amoureux de Margaux, il est fou de désir pour elle, et celle-ci va se plier à toutes ses attentes et demandes afin de lui faire plaisir. Le hic c'est que Peter a cinquante ans et Margaux huit... L'auteur restitue avec justesse le point de vue de l'enfant qu'elle était en y mêlant le recul et la lucidité de l'adulte, elle décrit minutieusement ce lien hors norme, cet amour oserais-je dire, qui a perduré pendant près de 20 ans, et ceci sans rien nous épargner. Elle montre comment Peter arrive à ses fins en soumettant patiemment l'enfant à toutes ses envies, en la persuadant avec douceur, persuadé aussi lui même sans doute que leur relation est naturelle, sincère, simple et que la sexualité n'est pas un problème entre eux. Une coercition douce, perverse, basée sur un déni total de ce qui dérange s'installe ainsi de la part de l'adulte sur l'enfant. Un livre qui m'a bousculée et touchée tout à la fois par son ton totalement original."

 

9782205070170-0-1427990.jpg

Laure-Hélène vous conseille Pablo volume 2 : Apollinaire, de Julie Birmant & Clément Oubrerie (Dargaud) : "Après le tome 1, Max Jacob, une plongée dans cette période artistique, avec une atmosphère dans le dessin, et dans les textes. Il y a un plaisir à voir ces noms connus et la rencontre de ces artistes qui sont aujourd'hui devenus des monstres sacrés à leur début. Une belle reconstitution également des batailles esthétiques qu'on voit aujourd'hui avec un peu plus de recul."

  louvre.jpg

Laure-Hélène surenchérit et vous conseille La Traversée du Louvre de David Prudhomme (Futuropolis) : "Dans le genre BD sur la peinture, un point de vue original sur ce grand musée. On retrouve ce qu'on connaît et on s'y perd comme au Louvre ! Un très bon moment."

 

herisson.jpgFabrice vous conseille Du Hérisson d'Eric Chevillard (Minuit) : "Coup de coeur ! Téméraires lecteurs qui aimez la culbute littéraire, l'exercice de style et le funambulisme, ce livre est pour vous : un incroyable moment d'écriture, drôlissime, extraordinairement virtuose, absolument inclassable, qui traite d'un hérisson (naïf et globuleux, c'est important) empêchant un homme d'écrire... et qui en profite pour parler de choses profondes, comme l'angoisse de la page blanche ou l'incapacité à jouer le jeu social. Vraiment, croyez-moi : un pur chef-d'oeuvre."

 

jayne.gifEt puis Fabrice vous conseille dans un même élan Jayne Mansfield 1967 de Simon Liberati (J'ai lu) : "La fin de l'âge d'or d'Hollywood, la déchéance physique et morale d'une actrice pourtant intelligente, les excès du petit monde des icônes, la naissance du paparazzisme... Il y a tout ça dans ce "roman-reportage" éprouvant qui retrace la carrière en dents de scie et la mort de la star Jayne Mansfield, pin-up fantasmatique un peu tordue, un peu minable, un peu pathétique. Une enquête glaçante, proche du Truman Capote de De Sang-Froid, pas moins. Un coup de poing."

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 11:30

Suite de notre exploration des livres intéressants qui sortent ces jours-ci.
(la première partie est disponible ici)

 

c-Paul-au-Parc.jpgHélène vous conseille Paul au Parc de Michel Rabagliati (éditions La Pastèque) : "Paul au parc, c’est une BD. Paul au parc raconte l’entrée en scoutisme du jeune Paul mais aussi sa famille, ses premiers émois amoureux, le Québec des années 70. Par son trait net, son art accompli du récit graphique, Michel Rabagliati nous emporte à nouveau,  dans une histoire qui est comme la vie, avec ses hauts et ses bas. « A nouveau » car dans de précédents albums, Paul a eu « un travail d’été », il est allé «  à la campagne », puis « dans le métro » ou «  à la pêche », « en appartement » et finalement « à Québec ». On en voudrait encore d’autres... Merci Michel Rabagliati !"

 

oiseau.jpgFabrice vous conseille Un Oiseau blanc dans le blizzard de Laura Kasischke (Livre de Poche) : "Il faut lire tout Laura Kasischke, puisque c'est une des plus grandes auteurs américaines du moment. Mais il faut lire en particulier ce roman-là, qui est une sorte de quintessence de ce que sait faire la bougresse quand elle s'est mise en tête de nous glacer le sang : elle côtoie le Mal de très près, dans cette chronique d'une adolescente qui grandit à l'ombre d'une mère disparue. Personne ne sait mieux faire sentir l'horreur des choses quotidiennes, la violence des provinces banales. Un immense et étouffant roman à la Carver."

 

Rue-des-voleurs_5524.jpgFabrice vous conseille tout autant Rue des Voleurs de Mathias Enard (Actes Sud) : "Enard se fait modeste avec cette chronique des aventures sentimentales et sociales d'un jeune Marocain d'aujourd'hui. Sans en avoir l'air, en mettant l'actualité en arrière-plan (intégrisme, révolution arabe, immigration clandestine, sort des sans-papiers), il écrit pourtant un roman ancré dans son époque, plus politique qu'il n'y paraît. Un très beau texte sur l'errance, mélancolique et moderne."

 

home.jpgFabrice ne vous en conseille pas moins Home de Toni Morrison (Bourgois) : "Tout Toni Morrison en 150 pages : vaste saga familiale, écriture chorale, histoire troublée des Etats-Unis, conditions de vie des Noirs dans l'Amérique raciste des années 50... L'auteur revient éternellement sur ses hantises, et c'est toujours aussi puissant, aussi limpide, aussi précis. Du vrai bon roman américain comme on l'aime, classique et lyrique comme une chanson de Nina Simone."

 

jim-harrison-grand-maitre.jpgFabrice en profite pour vous conseiller Grand Maître de Jim Harrison (Flammarion) : "Harrison écrit toujours la même chose : la solitude, les grands espaces, la viande rouge et le sexe débridé. L'opus 2012 ne déroge pas à la règle, et c'est un vrai plaisir de retrouver le grizzly du Montana dans ses marques. Il y a en plus là-dedans un (faux) polar assez délicieux, et une façon de prendre systématiquement les chemins de traverse, de traiter la digression en Art Majeur, de privilégier l'errance au but, qui force le respect. C'est rabelaisien, cru, excessif, sexué... harrisonien, quoi. Rien de nouveau sous le soleil : juste un des derniers grands Américains."

 

(à suivre...)

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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 11:17

Comme promis, voici quelques conseils de lectures, envoyées par les brillants et incontournables membres de notre association en cette rentrée littéraire :

 

pays.jpgFlorence vous conseille Les Pays de Marie-Hélène Lafon (Buchet Chastel), pas parce qu'elle-même a des origines paysannes lozériennes, après tout on s'en moque, mais parce que "ce récit d'apprentissage est extrêmement subtil et touchant, ciselé et juste. De sa ferme natale paumée dans le Cantal, en passant par les années d'études de lettres classiques à Paris, puis à sa vie librement choisie dans la capitale où elle est restée, l'auteur nous propose un texte simple et complexe à la fois, débarrassé de tout m'as-tu vu inutile mais pourtant brillant. J'y vois aussi un hommage à ses origines paysannes, à son père notamment, elle en parle avec tendresse et se moque très très tendrement de lui, de ses habitudes, de ses ronchonnades, de sa façon d'être, lorsque par exemple elle nous rappelle qu'il ne peut vivre sans la télévision, qu'au moment des informations, en visite chez elle, il ressent "une sensation de vacuité qui confine à la crise de manque. Et puis, Marie-Hélène Lafon est une amoureuse des mots, elle aime l'étymologie et les mots rares, cela se sent dans ses textes. Mais attention, pas d'esbrouffe ni de fanfaronnades lexicales chez elle, lorsqu'elle fait sa savante, c'est toujours à bon escient, parce que seul ce mot et pas un autre désigne précisément la chose qu'elle nomme. Ainsi, si vous ne savez pas ce que signifie "calamistré", "en grand arroi" ou encore "extrace", jetez vous sur le dictionnaire, comme je l'ai fait d'ailleurs moi-même. Finalement, Marie-Hélène Lafon, est peut-être devenue écrivain pour cela, pour faire des mots ses complices, des compagnons qui aident à parler juste et à se sentir partie prenante de l'existence... Pour vivre dans et par le langage, une envie et un besoin ressentis dès son enfance : au début de son livre ne nous rappelle-t-elle pas que le nom de certains arbres n'était pas connu chez elle, alors qu'elle vivait pourtant en pleine nature, "parce que manquait l'occasion de nommer les choses, et pour qui, pourquoi, qui voudrait savoir".

 

la-vie.jpg

Elisabeth vous conseille La Vie de Régis de Sa Moreira (Au Diable Vauvert) : un homme sort de chez lui, croise un autre homme, qui se met à parler de sa mère qui consulte un psy, qui prend la parole pour évoquer sa maîtresse, qui intervient pour... etc, jusqu'à atteindre un nombre vertigineux de personnages, qui prennent tous la parole le temps de quelques lignes. "J'ai beaucoup aimé. La construction sous la forme de Marabout-boutdeficelle-selledecheval est vraiment excellente et son humour présent tout au long de l'ouvrage est très agréable. Et qu'est ce qu'il est beau !!!!!!!!!!!!"

  Si_tu_cherches.jpg

Laurence vous conseille Si tu cherches la pluie, elle vient d'en haut de Yahia Belaskri (Vents d'Ailleurs) : Déhia, une jeune universitaire promise à un brillant avenir se heurte, au sein même de son foyer, à la violence de l'histoire algérienne récente. Adel, cadre dans une entreprise tente d'échapper aux pressions avant de tenter sa chance plus loin. Prix Ouest-France Étonnants voyageurs 2011. "Un des livres les plus justes sur ce qui pousse ces gens à entreprendre le voyage perdu d'avance vers "là-bas".

 

DJIAN-Philippe-COUV-Oh-avec-bande.jpgFabrice vous conseille "Oh..." de Philippe Djian (Gallimard) : "Peut-on avoir subi un viol, s'en remettre, voire en faire un objet de fantasme ? Est-on obligée d'aimer son fils ? Peut-on atteindre l'orgasme avec un homme qu'on n'aime pas ? Autant de questions qui vaudront sûrement à Djian d'être brûlé au bucher des féministes les plus radicales, mais qui nous valent aussi un des romans les plus impertinents de la rentrée. Avec une candeur naïve, le livre s'attaque frontalement à quelques bons vieux tabous, et le fait avec un style rock'n roll tout à fait réussi. Le Djian 2012 est un bon cru, surprenant et discutable."

 

sermon.jpgFabrice vous conseille aussi Le Serment sur la Chute de Rome de Jérôme Ferrari (Actes Sud) : "Qu'est-ce qu'un monde ? Question philosophique que Ferrari attaque par l'anecdote : quelques personnages se croisent autour d'un café perdu dans un village corse. Dérisoires ou grandioses, les destins de ces petits hommes ordinaires sont autant d'univers fermés qui vont s'effondrer dans un chaos digne de l'Empire romain. Sensible, drôle et au final poignant, un très beau roman ambitieux et humain, placé sous le signe, excusez du peu, de Saint Augustin."

 escalier-jack.jpg

Fabrice vous conseille en sus L'Escalier de Jack de Jean Cagnard (Gaïa) : " De l'importance du corps dans la découverte de Jack Kerouac. Après avoir exercé des dizaines de petits métiers, de maçon à ramasseur de patates, le narrateur découvre soudain la lecture ; et c'est la même chose : qu'il construise un escalier ou lise, il s'y livre entièrement, physiquement.  L'écriture de Cagnard est unique, pensée au millimètre, rythmée en musicien, d'un humour absurde et amer qui n'enlève jamais la grande sensibilité  rêveuse du bonhomme. Un bonheur de lecture, à la fois désabusé et lumineux, qui vous laisse quelques centimètres au-dessus du sol."

 

cortege.jpgFabrice vous conseille derechef Pour seul Cortège de Laurent Gaudé (Actes Sud) : "Gaudé délaisse pour un temps ses tentations contemporaines pour revenir à ses amours de toujours : l'Histoire, et si possible la Grande Histoire. Il retrouve ici le souffle du Roi Tsongor, puisque le voici sur les traces d'Alexandre le Grand, durant les jours qui suivent la mort de celui-ci. Guerre de succession dantesque, combats épiques, personnages bigger than life : le lyrisme de Gaudé trouve toute sa place dans cette histoire grandiose et romanesque à souhait. Ce roman est un peplum à domicile, avec son lot de trahisons, de passions, de têtes qui volent et d'éléphants en furie. Comme en plus c'est écrit de façon magistrale, on ne voit pas ce qu'il vous faut de plus."

 

78215863_o.jpgEt surtout, Fabrice vous conseille La Théorie de l'Information de Aurélien Bellanger (Gallimard) : "Un pavé d'une rare ambition pour ce premier roman qui se met en tête, tout simplement de traverser toute l'histoire de l'informatique, depuis les premiers balbutiements des ordinateurs jusqu'à l'ère 2.0 (et au-delà). Le roman, total, à la fois balzacien et asimovien, traite à style égal les données factuelles et les agissements de son héros. Du coup, c'est l'histoire du monde moderne qu'on voit se dérouler sous nos yeux, en la personne d'un seul être, sorte de symbole total d'une humanité en déréliction, capitaliste et émotive, dictatoriale et enfantine, en manque désespéré d'amour surtout. Bellanger est un grand, et pas seulement parce qu'il a su se documenter à mort et se passionner pour un sujet ardu ; il l'est surtout parce qu'en parlant de puces électroniques et de fibres optiques, il parvient à toucher à l'intimité totale d'un être nu et apeuré."

 

A suivre...

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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 17:23

Cent pages – avec ou sans titres : L'homme qui a tué/ 1 peine 2 morts / Jour noctune. Et puis les mots : cellules /barreaux / mirador. Les poèmes sont souvent brefs, jouant avec les espaces et les majuscules. Omniprésence de la mort. Pas d'avenir. Peu de personnages sinon la femme ou le bourreau.

On comprend l'expérience qui a marqué cet homme et on sait combien tout de sa vie aurait pu être différent s'il n'avait pas traversé cette adolescence délinquante.

Le maton claque sur le néant

la porte vitrée du parloir

et l'ami s'en va comme un veuf.

 

En fait, ce qui brûle à chaque ligne, au-delà de la ligne, ce n'est pas la révolte, c'est la souffrance – souffrance liée à l'état de solitude. Le moindre contact devient intolérable pour le prisonnier tel le frottement du maillot pour le marathonien. Et c'est à ce degré de mortification que s'attise la conscience du monde, la conscience à 'être au monde'. La peau est une camisole. Et bien sûr, la vie vue d'en face n'est qu'une histoire à dormir debout – ce qui est vrai pour tout le monde. Mais quand l'homme captif se fouille jusqu'au sang, son cerveau devient alors plus vaste que le ciel. Alors il gueule la poésie. L'écriture le sauve.

Entre prison et liberté

je flotte

comme un pont.

Ci et là, éclaircies avec la mer, le soleil, quelques femmes – image obsédante – aux voiles en linceul, cousines, voire gigognes. Parfois l'amour – l'espoir ?

Sur ma coque cuivrée d'or et d'argent

un prénom tatoué – le tien – que le sel dévore…

 

On reste avec la faim d'un autre recueil, plus vaste, fait d'odeurs libres et de corps sauvages.

  

éditions Domens, 2010

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